Au début, la seule chose avec laquelle on peut définir Harry est donc un prénom qui n'est même pas le sien. Revenir sur la vie de Harry serait un non sens complet, précisément parce qu'il est en train de lui tourner le dos. A ce stade Harry n'est qu'un homme dans un aéroport international. Il porte un costume noir, une chemise blanche et une cravate noire, ce qui lui donne l'air de sortir tout droit d'un film de série B américaine, surévalué au point d'avoir reçu une Palme d'or à Cannes. A part ce détail un peu ridicule, il n'y a pas grand chose à dire sur l'allure de Harry, il ressemble un peu à M. Tout-le-monde. Peut-être dégage t'il quelque chose d'un peu plus antipathique que la moyenne, mais c'est très subjectif. Dans le détail, on peut quand même relever chez Harry deux yeux noirs, froids et perpétuellement dénués de toute expression. Et son crâne, impeccablement rasé. Harry est un homme en colère, ampli d'une grande violence qu'il contient, mais qui menace de déborder et de se déverser à chaque instant. Enfin, tout cela, il n'est pas possible de le voir au premier regard qu'on porte sur lui évidemment, mais plus tard son comportement et ces actes l'établiront clairement, comme une évidence.
Harry est un homme sur le départ. On ne sait pas où il va, mais il n'est pas réellement utile de le savoir, puisqu'il ne le sait pas lui même. Au moment où son avion décollera, Harry ne sera pas en train de se rendre à destination d'un lieu, mais seulement de quitter un lieu. C'est pour cela qu'il n'est pas utile de s'étendre sur tout ce qu'il laisse derrière lui. C'est forcément une multitude de choses, une vie pleine, toute entière. Mais il est suffisant, notamment pour s'épargner toute emphase, de savoir que cette vie là, il est en train de lui tourner le dos. La question des motifs, elle, est nettement plus légitime. Et s'il n'est pas question de répondre directement aux pourquoi (chacun est bien libre de voir les explications qu'il veut voir, de toute façon), il y a des causalités qui mériteront d'être relevées, principalement parce qu'elles permettront d'éclairer les comportements futurs de Harry. Mais cela viendra plus tard, il est préférable que cela n'interfère pas avec le point essentiel, central de ce moment : Harry attend dans une salle d'embarquement un avion qui lui permettra de quitter sa vie, sans pour autant être en mesure de se projeter dans une autre, la suivante?
Au départ, Harry se pense, s'affirme et se revendique comme un homme en rupture. Dans un soucis d'objectivité et de véracité, on se contentera plutôt d'affirmer que Harry est un homme en fuite. En fait, Harry cherche à abandonner cette essence, que J.-P. Manchette qualifiait de "son temps et son espace". Il voudrait représenter une humanité vierge, parfaitement libre de tout passé, de tout vécu. Du sien, comme de celui des autres.
Visiblement, Harry n'a pas lu Victor Hugo. C'est sans doute pour cela qu'il ne maîtrisera pas les événements. Et qu'il réussira à se faire surprendre, à la toute fin, quand tout se terminera mal.
Visiblement, Harry n'a pas lu Victor Hugo. C'est sans doute pour cela qu'il ne maîtrisera pas les événements. Et qu'il réussira à se faire surprendre, à la toute fin, quand tout se terminera mal.
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